Joker – Quand un homme perd la raison

Joker – Quand un homme perd la raison

12 novembre 2019 0 Par Twister061

Le week-end dernier, je suis allé voir Joker. J’ai entendu et lu beaucoup de choses sur ce film. Qu’il s’agisse d’acclamations, de critiques plus acerbes, voir même certaines fois de polémiques, j’ai eu droit à tout et n’importe quoi sur le net. Il faut dire que vu son succès, normal que Joker fasse couler de l’encre. Bref, voici donc mon verdict. Attention toutefois, l’article contient des spoilers. Si vous n’avez pas encore vu le film, je vous invite à le faire. Comme ça, vous pourrez profiter pleinement de l’article sans craindre les quelques révélations que je vais vous faire.

Joker, c’est l’histoire d’un mec

Joker, c’est l’histoire sordide d’Arthur Fleck.

Commençons par le postulat de base. Joker nous raconte la descente aux enfers d’Arthur Fleck, un homme qui souffre de troubles psychologiques. Méprisé, battu et moqué, Arthur va encaisser pas mal de coups durs. Ces épreuves vont petit à petit l’entraîner à devenir le tueur psychopathe que l’on connaît sous le nom du Joker. Tout le film tourne autour des troubles mentaux d’Arthur (notamment celui d’avoir des crises de rire incontrôlables) et du mal qu’il subit jour après jour.

Joker n’est pas un film d’action. Il n’y a pas de super héros, de super pouvoirs ou autres éléments surhumains. Le film s’intéresse à la psychologie, à l’homme, à la descente aux enfers qui donnent naissance au Joker. D’ailleurs, dans le film, Batman n’existe pas encore. Bruce Wayne est un enfant et ses parents sont bien vivants. Thomas Wayne, son père, joue un rôle assez crucial dans la vie d’Arthur.

Joker, c’est avant tout l’histoire d’un homme, dans une société où la distinction entre les plus riches et les plus modestes est fortement marquée. Gotham est une ville où règnent crime, chômage et crise financière. Où les habitants en sont parfois réduits à des actes peu reluisants pour se nourrir. Arthur Fleck est un pauvre gars, vivant avec sa mère malade dans un studio ridicule. Il travaille comme clown mais rêve de devenir humoriste. En effet, sa mère lui a donné pour mission de « donner le sourire et de faire rire les gens dans ce monde sombre et froid ». Une tâche bien compliquée compte tenu des difficultés d’Arthur et celles de Gotham.

Société, tu m’auras pas

Arthur Fleck n’a clairement pas une vie facile.

Au départ, j’ai craint cette confrontation entre riches et pauvres. C’est un sujet déjà abordé 1000 fois au cinéma. Difficile donc de faire de l’original ou de l’intéressant avec ça. Joker est assez classique là-dessus. Les riches sont des salauds qui n’ont que faire des plus défavorisés. Sauf que l’un des points cruciaux de l’histoire apporte une petite touche de fraîcheur à tout ça.

Lors de la première agression que l’on voit dans Joker, Arthur se fait voler sa pancarte publicitaire. Il est ensuite tabassé et sa pancarte est détruite. Je me suis dit que oui, certains quartiers de Gotham craignent. Lorsque, plus tard, son patron lui demande de restituer la pancarte en insinuant qu’Arthur a inventé cette histoire pour se la couler douce, le sentiment d’injustice s’installe.

Suite à cet épisode malheureux, l’un des collègues d’Arthur lui donne un pistolet. L’acte peut paraître bienveillant : le flingue ne doit servir qu’à se défendre. Sauf qu’Arthur est malade. Ses crises le font éclater de rire à des moments parfois malvenus. Notamment dans le métro, lorsqu’une jeune femme se fait harceler par 3 hommes. Les 3 hommes, croyant qu’Arthur se moque d’eux, commencent à lui tourner autour et l’agressent. Armé de son pistolet, il tue alors 2 des 3 agresseurs dans le wagon, et abat le troisième sur le quai du métro. Une limite est désormais franchie.

Les 3 hommes tués par Arthur étaient des employés de Wayne Enterprises, l’entreprise gérée par Thomas Wayne. Ce triple homicide creusera encore un peu le fossé entre les riches et les pauvres. Les tensions déjà existantes sont exacerbées. Certains propos de Thomas Wayne provoquent l’indignation chez certains habitants des bas quartiers de Gotham. Arthur deviendra malgré lui un symbole, notamment grâce à son maquillage de clown.

Highway to hell

La descente aux enfer ne s’arrête pas là. De nombreux événements se passent, entraînant pour Arthur une pitié et un sentiment d’injustice grandissant. Il fait face à la maladie de sa mère, aux moqueries et à l’incompréhension du monde qui l’entoure. Sa psychologue l’abandonne aussi, faute de financement pour poursuivre le programme d’aide aux plus démunis. Il y a même tout un pan du film où Arthur, sa mère et Thomas Wayne sont très liés. Attention, grosse révélation…

Joker, c’est l’histoire d’un clown triste qui tourne vraiment mal.

Lorsqu’il apprend que Thomas Wayne est son père, Arthur fait tout pour entrer en contact avec lui. Cela donne d’ailleurs lieu à une scène intéressante avec un Bruce Wayne jeune et méfiant. Sauf que tout est faux. Lorsque la vérité éclate, Arthur s’effondre. Sa mère, malade, lui a menti. Pire, elle est la cause de ce qu’il est aujourd’hui. Ses troubles psychologiques, ses idées noires sont dus au mauvais traitement de sa mère. Il a perdu son travail, sa psychologue. Petit à petit, il perd tout ce à quoi il tenait. Son monde s’écroule, sans qu’il ne puisse rien y faire. Et sans qu’il ait demandé quoi que ce soit.

Arthur en vient à tuer sa mère (dont il apprend ne pas être le fils biologique) sur son lit d’hôpital. Ensuite, il participe à un show télévisé dans lequel il a été moqué. Arthur se fait présenter comme Joker, et annonce qu’il n’a plus rien à perdre, avoue les 3 meurtres des employés de Wayne Enterprises et s’énerve contre l’animateur. Il lui tire une balle en pleine tête lors du show, et l’acte est diffusé en direct.

Impuissants

Joaquin Phoenix est un Arthur Fleck incroyable.

Durant le dernier tier du film, on assiste véritablement à la mort d’Arthur Fleck et à la naissance du Joker. Les révélations sur son passé lui font franchir un cap. Lors de mon visionnage, j’ai été partagé par ce qu’Arthur commettait. Certes, les actes sont horribles. D’ailleurs, la mise en scène des méfaits (qu’Arthur subit ou commet) est brillante. J’ai été pris aux tripes à chaque fois. Mais en sachant ce qu’a vécu ce pauvre homme avant d’en arriver là où il est, je n’ai ressenti que de la pitié. Je ne dis pas que ses actes sont justifiés. Arthur devient un meurtrier psychopathe qui mérite de finir ses jours en prison. Malgré ça, je ne pouvais m’empêcher de me dire qu’avec tout ce qu’il a vécu, la transformation d’Arthur était inévitable.

C’est là toute la force de Joker. On assiste, impuissants, à la descente aux enfers d’un homme qui n’a rien demandé à personne et contre qui le sort s’acharne. Avec cette même impuissance, on assiste à sa transformation et à ses actes barbares. Dans les 2 cas, j’ai été désolé pour Arthur, j’ai eu pitié de lui. Lorsqu’il se faisait agresser, je suis dit qu’il ne mérite pas ça. Lorsque c’était à son tour d’être violent, je me suis dit que tout aurait pu être évité si certains moments de sa vie n’avaient pas été ce qu’ils sont.

Le monde qui nous entoure

Joker est un film crédible. C’en est même effrayant.

Tout aurait pu être évité. C’est un sentiment amer que d’être impuissant face à la violence et l’injustice. En ça, Joker est grandiose. Son propos sur les écarts de vie entre les gens aisés et les plus défavorisés aurait pu verser dans le cliché, mais il l’évite. Ce conflit des classes sociales (très classique, au final) passe au second plan par rapport à Arthur Fleck. Joker est un récit poignant et haletant. La crédibilité de ce que j’ai vu dans ce film est bluffante, et inquiétante. Par moment, j’en oubliais que l’action se déroulait dans la ville fictive de Gotham.

Comme je l’ai dit plus tôt, Joker n’est pas un film d’action. Il n’y a pas de scène de combat, à proprement parler. Il y a des scènes d’agression, de meurtre. Je me souviens de chacune d’elle de par la violence qu’elles comportent. Il n’y a ni super héros, ni super pouvoir. Rien de plus que des humains, échangeant avec d’autres humains. Je me suis attaché à Arthur Fleck, j’ai vécu ce qu’il a subi. J’ai eu mal pour lui lorsque les coups durs se sont enchaînés.

La prestation de Joaquin Phoenix est incroyable. La bande son est également très bonne. La mise en scène, les plans, les couleurs, tout est superbe. Joker est réaliste. C’est un film à voir. Il ne faut pas s’attendre à un film de super héros. Batman ne vient pas sauver Gotham. Ici, la ville sombre, peu à peu, et Arthur Fleck n’est probablement qu’une de ses nombreuses victimes. Mais c’est peut-être la plus marquante.

Voilà, c’était mon ressenti sur Joker. N’hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce long-métrage. Partagez l’article s’il vous a plu et n’hésitez pas à me rejoindre sur Facebook, Twitter et YouTube !